La RdC a son phoenix : la guerre. Obstinément, elle renaît de ses cendres.
A l’ombre des forêts et des documents officiels, les armes veillent. Emissaires anonymes et discrets des massacres.
Elles opèrent sur le long terme et en silence.
Ou presque.
Parfois, il est vrai, elles émettent un petit claquement caractéristique, tic-tac ironique et tachicardiaque qui avertit que le temps va bientôt, très bientôt, s’arrêter.


Lorsqu’il ramasse une grenade pour la première fois, et ce malgré son joli nom de fruit, le jeune Pierre Mbangi Mutaku ne s’y trompe pas : son réflexe est bien de détaler.
Mais « Ne sois pas une femme ! », lui lance son camarade à la volée.
Et Pierre hésite. Et Pierre meurt, en homme, neuf ans après la fin du conflit qui avait englouti plus de trois millions de Congolais.
Fourrées dans la terre et les hautes herbes, sensibles à la manipulation, grenades, mortiers et autres roquettes n’attendent qu’une main innocente et curieuse pour officier.
D’innombrables armes de petit calibre (fusils, obus, mitrailleuses ou lance-roquettes) n’espèrent, quant à elles, qu’un groupe d’hommes affamés pour reprendre du service et massacrer.
Au mieux, elles sont empilées dans d’immenses stocks sans aucune règle de sécurité, en vrac.
Vétustes, elles s’enflamment comme un rien, risquant de ravager tout ce qui les entoure.
Plus couramment, illégalement, elles circulent.
De main en main, de camion en camion, de pays à pays .
On cherche de l’argent, on cherche à le garder.
Depuis la « fin » du conflit en 2002, chaque soldat de l’armée congolaise est responsable de ses armes et de ses munitions. Personne, en revanche, n’a la charge des stocks et des dépôts . Quand il est payé, un soldat des Forces armées de la République démocratique du Congo ( Fardc ) touche 62 $ par mois.
Le trafic est continu, national et international. Il alimente et propage une guerre perpétuelle, tantôt larvée, tantôt déclarée.
Les FARDC constituent ” la principale source d’armes et de munitions pour les groupes armés non gouvernementaux ” selon un groupe d’experts missionnés par le Conseil de sécurité de l’ONU¹. Ils fournissent les groupes rebelles contre lesquels ils luttent…


Renforcer la sécurité des stocks d’armes, en améliorer le comptage et la gestion, les détruire, informer les Congolais des dangers : une goutte d’eau sur un brasier ardent .
Mais certaines ONG, comme MAG, ont choisi de s’y atteler.
En attendant.
Histoire de désamorcer un peu.
Photos Gwenn Dubourthoumieu- tous droits réservés
¹ Rapport officiel du 10 Décembre 2008, adressé Conseil de sécurité par le président du Comité du Conseil de sécurité créé par la résolution 1533(2004) concernant la république démocratique du Congo
